Nouvelles – Théo va à la campagne

Même si mon attention se focalise prioritairement sur les albums jeunesse et la bande dessinée, j’ai également démarché auprès de grands magazines pour la jeunesse comme J’aime Lire pour publier quelques récits courts que j’appellerais ici « nouvelles ». Retour sur un projet non retenu.

Evidemment, tous les projets n’aboutissent pas. J’avais envoyé il y a plusieurs mois de cela maintenant un court récit formaté pour J’aime lire intitulé Théo va à la campagne. Le projet n’avait pas été retenu, du fait d’une intrigue pas assez développée, d’un manque d’enjeu lié au développement de l’enfant. C’était un premier projet et je suis conscient de ses faiblesses à présent. Quoi qu’il en soit, voici le récit de 8-9 pages dans son intégralité ci-dessous :

 

  • Chapitre 1 – Séjour forcé à la campagne

 

Cher journal, l’histoire que je vais te raconter s’est passée en août dernier. A ce moment-là, j’étais chez tonton Hubert et Tatie Frédérique. C’était la première fois pour moi, à la campagne et avec eux.

J’avais passé le mois de juillet seul dans ma chambre. Je m’étais ennuyé comme jamais. Tous mes copains étaient partis, la ville était déserte.

Comme toujours, papa et maman courraient dans tous les sens.

  • Papa, est-ce qu’on peut ?
  • Je n’ai pas le temps fiston.
  • Maman, je voudrais
  • Une autre fois chéri.

Résultat, lorsque Hubert et Frédérique ont proposé de me prendre pour une semaine, mes parents étaient ravis.

Au début, j’ai protesté :

  • Mais, papa, toi-même tu dis que la campagne, c’est…
  • C’est très bien ! répondit-il sans même me regarder.
  • C’est loin de tout. Qu’il y a même pas de magasins, que les routes elles ont mêmes pas de goudron parfois, qu’il y a…
  • De l’air frais et de la nature, me lança-t-il sèchement en me regardant fixement dans les yeux. Et c’est tout ce qu’il te faut fiston.

Hubert et Frédérique ont été très gentils avec moi. Seulement, je me suis rapidement ennuyé. J’étais seul et le soir je ne pouvais jouer avec personne. Et puis, mais tu le gardes pour toi, il y avait tellement de bruits étranges dehors que je n’osais pas sortir.

Tout ça pour te dire qu’un soir, tonton et tata m’ont laissé tout seul à la maison. Ils allaient chercher mes parents qui me rejoignaient enfin. « 15 minutes, pas plus, et on revient » me murmura tonton Hubert tout en m’ébouriffant les cheveux.

Il est 20 heures et je suis tout seul. Enfin, tout seul avec Raoul. Raoul c’est le petit chien de mon oncle et de ma tante. Il est gentil mais il bave un peu.

  1. Chapitre 2 – La mauvaise surprise

Cinq minutes de passées et j’ai l’impression que ça fait déjà une heure. Raoul est collé à moi, toujours au rendez-vous pour avoir des papouilles. Complétement relaxé par mes massages, le voilà qui tend l’oreille.

Je tends la mienne aussi mais n’entends rien. Désormais inattentif à mes caresses, il se dirige jusqu’à la porte et commence à gratter. Tellement fort que j’ai peur qu’il raye quelque chose.  Je le repousse du pied en prenant ma voix la plus grave, « Ca suffit Raoul ! Au PANIER ! ».

Rien à faire, il est encore plus buté qu’avant. Je colle mon oreille à la porte…j’entends quelque chose.

  • Qui est là ?, dis-je après avoir ravalé ma salive.
  • Rrrhrrrhrrhrhr, on dirait un reniflement ou un grognement. Un truc bizarre.
  • Attention…je vais ouvrir.
  • ……rrrrrrhhrhrhrhhr

Ma main tremble un peu mais j’essaye de garder mon sang froid.

  • Ce n’est rien Raoul, je suis là, ne t’inquiète pas. 
  • ….ouaf, me répond-t-il la langue pendante.

Le bruit se fait plus distant puis plus rien. J’ai envie de savoir ce que c’était et en même temps…j’ai vraiment peur. Pour me rassurer, je parle à haute voix : « Ce n’est pas possible, je ne suis plus un enfant. Peur du noir ? De quelques petits bruits ? A mon âge ? Pff. C’est ridicule. ».

J’ouvre délicatement la porte d’entrée pour scruter la terrasse. Rien, absolument rien. Je regarde à droite puis à gauche. Au bout d’une minute, j’ose même avancer une tête à l’extérieur. Mes mains ne tremblent plus.

  • Ce n’était rien Raoul…fausse alerte.
  • …..OUAF ! se met à hurler Raoul.

Je n’ai pas le temps de fermer la porte, il bondit à l’extérieur et manque de me faire tomber. Pourtant grassouillet, Raoul fonce comme une fusée en direction du portail avant de sauter par dessus. J’hurle son nom, « Raoul, RAOUL ! Reviens ! ». Rien à faire, le chien est déjà loin.

C’est la PANIQUE ! Je cours dans tous les sens avant de me rendre compte que je n’ai pas de chaussures. Retour à la maison : baskets enfilées, clé prise en vitesse, lumière éteinte, ouverture du portail. Face à moi, le village est plongé dans une demi-obscurité. Des bruits étranges partout mais pas le moindre signe de Raoul.

  1. Chapitre 3 – Le monstre poilu de la campagne

Je m’avance avec prudence. Je pourrais faire demi-tour mais j’imagine la colère de mon oncle et de ma tante :

  • Raoul est tout seul DEHORS ! me crierait mon oncle.
  • C’est pas de ma faute, j’ai…
  • Mais tu imagines ce qui va lui arriver ?

J’ai des frissons rien que d’y penser. Abandonner ? IM-PO-SSIBLE ! J’arrive au premier lampadaire de la rue. Je commence à regretter mon acte héroïque jusqu’à ce que j’entende un aboiement. Raoul !  

L’aboiement se répète, trois ou quatre fois. Il vient de ma droite. J’avance en retenant mes dents de claquer. Mon cœur bat tellement vite. Le virage vers la droite est à quelques mètres et pourtant je m’arrête.

Une forme étrange se dessine sur le muret de gauche. Elle grandit, grandit et grandit encore. Elle est gigantesque et se rapproche de moi. Cette fois, ce sont mes pieds qui tremblent. Tout ça me rappelle ce que me disait mon copain Hugo sur la campagne.

  • Tu sais qu’à la campagne, tous les jours il y a des gens qui disparaissent…
  • Ah bon ? Pourquoi ?
  • Parce que là-bas, il y a des MONSTRES !
  • Des monstres !
  • Oui, des trucs bizarres, poilus, grands, avec des crocs et même des grands yeux jaunes !

Si ça se trouve, je suis tout proche d’un monstre. Un loup-garou ? Un yéti ? Je ne sais plus. En tous les cas, j’ai vraiment peur. Le premier réflexe que j’ai, c’est de sauter au pied de l’arbuste le plus proche. Je croise les doigts pour que ce monstre me laisse tranquille.

Je souffle fort et ferme les yeux pour me calmer. J’attends deux longues minutes avant de glisser une tête dehors. Le monstre a disparu. Quand je me relève, j’entends à nouveau un aboiement ! Raoul ! Cette fois-ci le bruit vient de ma gauche.

A peine arrivé sur le virage de gauche, je le vois. Il est immobile et regarde droit devant lui. Devant lui, c’est la forêt. Je m’approche tout doucement pour ne pas l’effrayer. Plus que quelques mètres et je pourrais le prendre dans mes bras.

  1. Chapitre 4 – De pire en pire

« Raoul….Raoul ». J’essaie de l’appeler avec la voix la plus douce. « Viens ici, allez, viens. On va rentrer ». J’avance, je lui parle mais il ne réagit pas. C’est bon, je suis enfin à sa portée.

A peine mes deux bras levés dans sa direction, le sale cabot tend à nouveau l’oreille. ENCORE ! Encore ce satané bruit. Je continue de murmurer :

  • Ce n’est rien, allez, viens avec moi.
  • ….., Raoul ne fait aucun son mais me regarde enfin.
  • C’est bien, allez suis-moi. On va rentrer tranquillement…

Bondissant aussi haut que la première fois, Raoul passe sans difficulté par-dessus l’arbuste séparant le village de la forêt. Mon premier réflexe est de le suivre mais mes pieds freinent d’eux-mêmes.

Si le village a encore un peu d’éclairage, la forêt n’a aucun lampadaire. C’est le noir total.

  • Raoul ! Raoul !, je crie de plus en plus fort.
  • ….., rien.
  • Viens ici ! Reviens ! 

Cherchant un chemin un peu éclairé, j’entends un bruit strident à quelques mètres de moi. On dirait, comment dire, on dirait un hurlement de bébé, non…le grincement d’une scie. Mes tremblements reviennent. Encore plus forts qu’avant.

  1. Chapitre 5 – Une lumière dans le noir

Comme si ce n’était pas assez, le lampadaire à côté de moi s’arrête d’un coup. Je peux te le dire cher journal, j’avais les larmes aux bords des yeux. Mon père dit toujours « Un garçon, ça ne pleure pas ! ». Ben moi, j’avais drôlement envie de pleurer ce soir-là.

C’est décidé, j’ABANDONNE ! Je fais demi-tour pendant que le premier lampadaire fonctionne encore. Il faut que je fasse attention car on ne voit presque pas la route. Je dois surtout éviter les « nids de poule ».

Tonton Hubert m’a expliqué pourquoi on appelait ça un « nid de poule ». J’avoue, je ne me souviens plus. Pourquoi une poule ferait un trou au milieu d’une route ? Pour dormir ? C’est quand même bizarre la campagne.

J’avance lentement en tendant les bras droits devant moi. J’aurais plutôt dû regarder mes pieds. En même pas une seconde, je me retrouve étalé par terre, mes lunettes ont volé quelque part et j’ai de la boue partout.

Cher journal, je peux te l’avouer maintenant. J’ai pleuré. Pleurer comme un bébé. Tout en tâtonnant le sol, j’essuie mes larmes. Dans mon dos, je sens une lumière. C’est sûrement mon oncle et ma tante. Je vais passer le pire quart d’heure de ma vie. Pourtant, la lumière rétrécit. Je parle fort en utilisant mes mains comme porte-voix :

  • Papa ? Maman ?
  • …., aucune réponse.
  • Tonton Hubert ? Tata Frédérique ?
  • ….., toujours rien.
  • C’est vous ?, j’entends le bruit discret d’une roue qui freine.
  • Qu’est-ce que tu fais dehors tout seul ? me lance une voix inconnue.

Sans mes lunettes, je ne vois pas très bien qui me parle. En fronçant les yeux, je découvre la silhouette d’un garçon assis sur un vélo, une casquette sur le crâne.

  • Chapitre 6 – Le secret de Raoul
  • Tu as perdu quelque chose ?, me dit le garçon en me fixant dans les yeux.
  • Je…oui…mes lunettes et….et puis mon chien…enfin le chien de mon oncle… 

Alors que je sanglote à moitié, l’inconnu me donne sa main pour me relever. A peine sur mes pieds, il me tend ma paire de lunettes.

  • Moi je m’appelle Jérôme, et toi ? 
  • Théotime…enfin appelle-moi Théo. Merci pour les lunettes. Mais qu’est-ce que tu fais dehors à cette heure ? 
  • J’étais parti dans le village à côté pour aller chercher du lait chez ma mémé. Elle a une ferme pas loin. Mes parents en avaient besoin. Ce soir, on mange des crêpes !

Je suis étonné car malgré le noir et les bruits, il se comporte comme si tout était normal.

  • Mais…tu n’as pas peur ? Je veux dire, dehors, tout seul ? Il fait presque noir et…
  • Peur de quoi ?, Jérôme éclate de rire. Tu n’es pas d’ici toi.

Un peu vexé, je suis obligé d’admettre.

  • Oui, oui…je suis venu pour les vacances voir mon oncle et ma tante. Tu sais, je ne connais pas bien le coin mais tu ne devrais pas traîner comme ça. Tout à l’heure, j’ai croisé un loup-garou et même un monstre hurleur. Je… 
  • Un loup-garou ? Ici ?, Jérôme éclate à nouveau de rire et descend de son vélo pour se tenir les côtes.
  • Mais, mais…tu dois me croire, je l’ai VU. Il n’y a même pas cinq minutes. 

Jérôme me prend le bras et me dirige vers son porte-bagage. « Allez, montre-moi par où est parti ton chien. On va le retrouver. » me lance-t-il avec un grand sourire.

Je me laisse guider sans trop réfléchir. Il y a quelques secondes, j’étais par terre, couvert de boue et sans lunettes. Me voilà maintenant traversant le village avec un garçon que je ne connais même pas à la recherche de Raoul.

De nouveau au croisement précédent, la masse poilue de tout à l’heure refait son apparition. Jérôme vire à droite en direction du monstre. Je serre ses bras pour qu’il s’arrête quand nous arrivons devant une maison. Le porche est éclairé par un projecteur lumineux. En face du projecteur….un gros chat.

  • Ce serait pas ça ton loup-garou, me dit Jérôme en contenant son fou rire.
  • Heu…je…je crois, dis-je l’air idiot.
  • Et ton autre monstre, ça ressemblait à quoi son cri ? 
  • C’est dur à dire, on aurait dit un bébé, ou une scie…. 

A peine ma phrase terminée, nous repartons à nouveau en vélo. « Je vois » crie-t-il tout en accélérant. Une minute plus tard, nous arrivons à la lisière de la forêt. Jérôme écarte quelques feuilles et me montre une petite mare. Grâce à sa lampe torche, je découvre cinq grenouilles qui croassent.

Elles sont si mignonnes, si…inoffensives. Jérôme m’explique qu’il s’agit de la saison des amours. Les mâles crient pour attirer les femelles. Un peu comme quand nous, les garçons, on veut impressionner une fille à l’école. On sort les biscottos. Eux, ils chantent.

Tout en poursuivant notre recherche dans le village, Jérôme m’explique chaque bruit entendu. Le hibou qui commence sa nuit, les cigales qui chantonnent…les chiens qui…Les chiens ? Je reconnais l’aboiement de Raoul

Nous fonçons à nouveau en vélo. Le bruit est de plus en plus fort puis s’arrête d’un coup. Je tremble. Et s’il était arrivé quelque chose à Raoul ? Et si…Jérôme éclaire droit devant nous. On aperçoit Raoul puis…une petite chienne. « Je crois que ton chien a une petite copine. » me dit Jérôme avec un clin d’oeil.

  • Chapitre 7 – Retrouvailles

Raoul ne s’enfuit plus. Au contraire, il est calme. Nous nous approchons en douceur mais nous comprenons très vite qu’il ne partira pas. Les deux chiens se câlinent. Nous leur gratouillons les oreilles et le ventre tout en rigolant de la situation.

  • Ton chien n’a pas fugué, me dit Jérôme, il a juste voulu voir sa petite copine. 
  • J’avais tellement peur que…

Pas le temps de finir ma phrase. J’aperçois l’heure affichée sur la montre de Jérôme. Je suis dehors depuis déjà une demi-heure. Mes parents, mon oncle et ma tante doivent m’attendre avec impatience.

« Pas de panique » affirme Jérôme tout en se relevant et en prenant Raoul par la taille. « Je te ramène chez toi en moins de deux minutes. ». Aussitôt dit, aussitôt fait.

En face du portail de la maison de mon oncle et ma tante, tout le monde est là. Mon père gigote dans tous les sens, le portable à l’oreille. Dès qu’il me voit, il se met à crier :

  • Mais où étais-tu ? 
  • Je….
  • Nous t’avons cherché partout.
  • Parce que….
  • Nous pensions que… 

Devant nos visages souriants, tout le monde se calme.

  • Je vais tout vous raconter…Voici Jérôme.
  • Bonjour tout le monde !, lance Jérôme en saluant toute ma famille de la main.
  • Jérôme m’a aidé car Raoul était…

Au milieu de ma phrase, j’entends un gros craquement provenant des arbustes du jardin. En une fraction-seconde, me voilà dans les bras de mon père en hurlant : « Un autre monstre, un… ».

Je pensais que tout le monde allait crier. Au contraire, j’entends des rires autour de moi. Je regarde à nouveau les arbustes et vois la petite copine de Raoul qui sort tout juste sa tête des feuillages. Je fais la tête mais au fond j’ai bien envie de rire moi aussi.

La soirée s’est terminée autour d’un bon chocolat chaud et des excellentes crêpes des parents de Jérôme. Nous avons tous ri de cette fuite de Raoul. Tu sais quoi cher journal…la campagne, c’est pas si mal que ça au fond.

 

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